Après son discours prononcé à l’occasion de la célébration du jubilé d’argent de l’évêque Bernard Kasanda, à Mbuji-Mayi, Félix Tshisekedi allume les braises de la révolte contre l’Eglise Catholique.
Entre le chef de l’Etat et l’Eglise Catholique, « c’est je t’aime, moi non plus ». A son passage dans la ville de Mbuji-Mayi, chef de lieu du Kasaï-Oriental, pour la célébration du jubilé d’argent de l’évêque Bernard Kasanda, Félix Tshisekedi fulmine contre les dérapages observés dans le chef de certains prélats catholiques, en constatant une « certaine dérive au sein de l’Eglise Catholique », qu’il qualifie de « dangereuse, surtout en cette année électorale ».
Les Catholiques ont eu droit à un discours de recadrage de la part du président de la République qui ne les porte plus à cœur. Sans passer par des moyens voilés, Felix Tshisekedi dit avec beaucoup de véhémence le mal qui peine à supporter sur les comportements des évêques catholiques : « L’Église doit être au milieu du village, au milieu des Congolais. Mais il se fait que parmi vous, il y a malheureusement quelques personnes qui ont pris une tendance dangereuse qui risquerait de diviser notre Nation. Je me sens obligé de dire que je n’accepterai jamais une telle dérive ».
Ces phrases tendancieuses et provocatrices n’ont pas laissé indifférentes quelques têtes pensantes de la Grande Eglise qui ont répondu du tac au tac. Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence nationale épiscopale du Congo (CENCO), rentre dans le jeu et lance, à son tour, des pics assez mesurés.
« Je crois que le Président de la République n’a pas lu l’entièreté du message. Il se serait contenté d’une sorte de pêche à la ligne que les siens lui ont rapporté. Je pense que s’il avait lu froidement le message, il ne parlerait pas de dérive. Parce que l’unique référence pour parler de dérives, c’est dans la Doctrine sociale de l’Eglise. Et à lire ce message, on est vraiment dans la Doctrine sociale de l’Eglise Catholique », annonce Donatien Nshole sur les ondes la radio Okapi.
Le mauvais temps
Le discours du président arrive dans un contexte de forte pression au pays, avec l’organisation des élections dans les tout prochains jours ; élections pour lesquelles l’Opposition, soutenue et appuyée par cette même Eglise Catholique bien en place au milieu du village, rejette le fichier et les animateurs qui composent la Commission électorale nationale indépendante (Céni).
Dans une vidéo devenue virale aussitôt après les missiles du chef de l’Etat lancés, on voit l’Archevêque métropolitain le Cardinale Fridolin rappeler, dans un extrait de quelques secondes, au président de la République de « ne pas oublier d’où il vient », pour qu’il se recueille de la misère que subit le peuple Congolais au quotidien, avant de se mettre à gronder sur les Catholiques.
Ce que les prélats exigent au chef de l’Etat, sans l’ombre d’un doute, c’est de se préoccuper de la situation presque chaotique des Congolais, de la sécurité du pays et de l’organisation des élections apaisées, inclusives, crédibles et transparentes, en lieu et place de miser l’argent de l’Etat dans des voyages qui se révèlent aujourd’hui infructueux.
Mais Félix cogite à sa façon. Il tonne, il rougit, il grince les dents, et cette forte colère est provoquée par les faits et gestes à peine visibles des Catholiques, en soutien, d’après le Premier citoyen de la République, à un certain camp politique. « Je ne reculerai pas devant les menaces, les intimidations de tout genre. En revanche, je m’attaquerai sans hésitation, sans remords, à ce qui mettrait en danger la sécurité et la stabilité de notre pays », tranche le président de la République.
Au regard de ces genres de propos, on serait porté à confirmer une phrase du Cardinal Ambongo où il signifiait qu’il ne « se sentait pas en sécurité en RDC ». Pour ne pas enfoncer profondément le clou, Donatien Nshole temporise par une interrogation : « Au mois de novembre 2022, dans leur assemblée pépinière, les évêques ont sorti un message « Le pays est en danger, mobilisons-nous ». Dans ce message, ils ont cité explicitement le Rwanda. Le 4 décembre 2022, ils ont invité le peuple Congolais à marcher pour protester contre l’agression. Est-ce qu’il y a meilleur soutien que ça ? De deux, nous venons d’une mission de plaidoyer parce que, dans ce message-là, la Cénco a dénoncé l’hypocrite de la Communauté internationale. N’est-ce pas parler le même langage que le Chef de l’Etat ? N’est-ce pas accompagner le pouvoir ? ».
Tout compte, le président est déterminé à sortir les pays de l’abîme, même s’il y a un prix fort à payer : « Je m’attaquerai sans hésitation, sans remords à tout Congolais qui mettrait en danger la sécurité et la stabilité de notre pays. Peu importe ce que l’on dira : violation des droits de l’homme, privation de liberté. Je n’ai aucune leçon à recevoir de qui que ce soit ». Les Catholiques y compris…
A suivre.
Albert Mukando

