Culture Portrait

Manassé Mangofa, responsable à 12 ans

Culotte bleu-nuit, sachet à la main gauche, et une brosse qu’il frappe d’un bâton pour accrocher les clients : telle est la vie d’un enfant dont les circonstances montrent le côté animal de la vie. Ce jeune vaillant s’appelle, Manassé Mangofa.

12 ans, aîné d’une famille modeste, Manassé Mangofa, orphelin de père, obligé de se lever très tôt, à 5 heures souvent, pour arpenter tous les couloirs du centre-ville, dans sa parade et de son travail d’efforts, cirer des chaussures, ne démérite point d’injustices.

Chaque matin, alors que certains gosses de son âge font des grasses matinées, d’autres prennent sérieusement leur déjeuné bien aménagé, thé au lait et jambon au fromage bric-à-brac, Manassé Mangofa s’apprête de quitter N’djili pour Gombe, lieu où il trouve de quoi subvenir au besoin de sa famille.

Rencontré dans les couloirs des Galeries Présidentielles, visiblement décoloré de visage par le soleil et chaleur de plomb de Kinshasa, Manassé Mangofa accepte de nous relater ses réalités avec aménité, triste douleur d’une voix où perçait la foi d’un petit génie : « Mon père est mort alors que j’avais 4 ans, et aujourd’hui j’ai 12 ans. Avec maman et ma petite Sœur, nous avons pris la décision d’aller vivre chez la grand-mère à N’djili, vers Dokolo.»

La vie est un combat certes, celui de ce jeune se montre dur et lourd pour quelqu’un de son âge hélas. Lui-même Manassé en est conscient. Croisé deux mois après la rentrée scolaire, Mangofa, comme tout enfant, rêve de reprendre le chemin de l’école. Par quel miracle ? Le hic pointé du Bic.

Sa mère vend de la braise et sa grand-mère, de la Chikwang. Et les deux, tandem des vieilles, ne parviennent à assouvir les besoins de Mangofa. Et lui-même, jeune flambeur, ambitieux que Martin Luther King Jr., en homme brave, se cogne la tête comme marchand de cirage, pour s’acheter des fournitures scolaires. Car, face à une telle réalité, tout homme se trouvant dans pareille situation, conscient que la misère a la vertu de rejeter le futur dans le néant, doit se battre, transpirer à grosse goutte, peu importe son âge. C’est ça l’injustice de la vie. « Je fais ce travail de cirage parce que ma mère n’a pas d’argent pour me scolariser. J’ai débuté ce métier il y a 2 ans de cela. Je m’efforce de trouver une somme importante qui me permettra d’acheter les fournitures scolaires pour que je reprenne le chemin de l’école que j’ai abandonné en quatrième année primaire », l’orphelin s’exprime doucement, et profondément.

« Je quitte la maison à 6h30’ pour arriver en ville à 8h00’. Si je me lève du bon pied, je gagne au moins 8 000 FC par jour, et cela me permet d’aider ma mère. Je refuse de quémander l’argent comme le font certains amis parce que ma grand-mère me l’interdit. Alors je n’ai vraiment pas de choix mais si une personne de bonne foi m’assiste, je ne refuse pas », voilà qui rend ce petit Manassé admirable.

Pour faire face aux conditions de vie, de sa famille, Manassé Mangofa s’évertue d’épauler sa tendre mère avec le peu qu’il gagne le jour. « Chaque soir, je remets à maman au moins 5 000 FC, et cela lui permet d’acheter la nourriture et le savon. Le reste je garde pour mes fournitures scolaires »

Ce jeune qui parcourt les Galeries Présidentielles à jeun toute la journée n’est pas niais, il détient comme tout humain, malgré plongé dans un supplice abyssal, des rêves qui jettent ceux qui l’écoutent dans une surprise admirative : époustouflant ! « Ma grand-mère me dit souvent que je serai riche. Et je le sais. Parce que moi-même je rêve devenir un grand homme, je rêve être un jour président de la République ou ministre dans ce pays », Manassé Mangofa.

CD

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